
Arctic Monkeys – Humbug
C’est le 24 août prochain que sortira dans les bacs Humbug, troisième opus des Arctic Monkeys.
Nous avons eu la chance de l’écouter 2 fois en avant-première le jeudi 16 juillet à Paris, et le moins que l’on puisse dire c’est que, même si nos impressions sont franchement très bonnes, Humbug sera l’album transitoire du groupe, dans le sens où les fans de la première heure qui rechercheront des titres comme The View From The Afternoon ou Still Take You Home ne trouveront pas forcément des titres si spontanés et accrocheurs.
Les dernières b-sides issues de Favourite Worst Nightmare comme The Death Ramps ou Nettles montraient la nouvelle direction recherchée par le groupe.
Car oui, Humbug réussit à allier ce côté sombre avec une pop très fraiche bien évidemment héritière des compositions d’Alex Turner pour The Last Shadow Puppets.
Si vous n’avez toujours pas saisi, dans un shaker, insérer Favourite Worst Nightmare, Rascalize, The Age Of The Understatement, secouer bien fort, et servir : voilà comment vous décrire de façon très simpliste ce que vous ont réservé les Monkeys pour vos oreilles.
Sans plus attendre, nous vous proposons de découvrir notre petit dossier consacré à ce troisième opus.
Neuf coups de fusil, voilà comment démarre Humbug, album d’une durée de 39 minutes et 11 secondes, avec My Propeller (3 :27) et l’on se dit immédiatement qu’on va avoir droit à du très lourd pour l’introduction de l’album, dans la gamme de The View From The Afternoon ou Brianstorm. Mais première surprise : dès 5 secondes, tout s’arrête pour permettre à Alex Turner de laisser un riff de guitare s’installer et proposer une ambiance nouvelle très vite rejointe par les autres membres du groupe dont un Matt Helders impressionnant avec ses plans de batterie. Le message est très vite passé, entre les effets sur la voix toujours si charismatique d’Alex Turner se lâchant de plus en plus dans ses textes (« My propeller won’t spin and I can’t get it started on my own, when are you arriving ? »), les effets sur les guitares évidemment influencés par Josh Homme, et l’ambiance recherchée : finie la spontanéité de Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not et cette sensation d’un album enregistré live, tout ici est réglé au métronome, chaque son a été étudié et ce n’est franchement pas désagréable. My Propeller sera vraisemblablement un des titres de Humbug qu’il faudra écouter et réécouter pour l’apprécier pleinement en trouvant à chaque écoute de nouveaux éléments qui permettront de l’apprécier pleinement. En tout cas, voici une introduction qui ne laissera personne insensible.
La seconde piste est le titre Crying Lightning (3 :42) que vous connaissez certainement déjà tous bla bla bla
Dangerous Animals (3 :29) est certainement le morceau sur lequel l’influence de Josh Homme est la plus présente. Le titre débute avec Alex Turner et Josh Homme prononçant la phrase qui ressortira très souvent « I’m pinned down by the dark », et voilà que débute un des titres les plus sombres de l’album. Un riff très accrocheur, une batterie bien présente et une ambiance prenante garnie d’effets de guitare tels des sonars ainsi que des castagnettes (si si) et un Alex Turner décidément de plus en plus à l’aise avec ses textes « Let’s make a mess, lioness ». Le refrain est très énergique avec redoublement d’effets à la guitare et les voix de Josh Homme et Matt Helders en chœur, Alex Turner épellant « D.A.N.G.E.R.O.U.S A.N.I.M.A.L.S ». Une fois le dernier refrain passé, MH lance un rythme endiablé à la batterie pour finalement tomber sur la partie instrumentale du titre, très lourde et agrémentée d’un solo de guitare ; le rythme accélère enfin en reprenant le riff des couplets et les paroles du refrain. Un titre vraiment novateur et qui comme My Propeller nécessitera plusieurs écoutes pour dénicher toutes ses subtilités.
Faisons désormais de la place à James Ford, l’une des têtes du Simian Mobile Disco et producteur doué déjà aux manettes pour Favourite Worst Nightmare ainsi que pour The Age Of The Understatement. Il est cette fois-ci à la production du 4ème titre de Humbug, à savoir Secret Door (3 :41). En introduction, une guitare acoustique mariée avec une mélodie très pop à la guitare électrique qui fait évidemment penser d’emblée aux Last Shadow Puppets. La voix d’Alex Turner est bonifiée dans cette introduction par un effet d’écho très pertinent qui renforce le côté pop de ce titre. Matt Helders rentre alors dans la partie et lance un plan de batterie une nouvelle fois très intéressant (il n’arrêtera donc jamais ?) pour donner un côté entrainant aux couplets mais à la fois léger grâce aux mélodies des guitares. Le refrain est vraiment planant et démontre les progrès d’Alex Turner dans le domaine vocal, n’hésitant pas à accrocher des notes bien plus aigües qu’à son habitude avec les Arctic Monkeys. Titre léger et rafraichissant faisant transition de façon optimale avec le morceau suivant.
Potion Approaching (3 :32) voit le retour du leader des Queens Of The Stone Age à la production et ceux qui se sont laissés bercer par Secret Door vont vite être secoués. Un riff agressif à la guitare en intro pour laisser Matt Helders s’installer de façon carrée et très entrainante. Décidément un des titres les plus accrocheurs de l’album.
Paroles : “I was biting the time zone and we embellished the banks of our bloodstreams and threw caution to the colourful, then we fell asleep in the car”
Le refrain est bien géré par Matt Helders et ses plans travaillés, avec des accords qui font très « western » comme le groupe avait présenté certains titres fin 2008.
Une fin intéressante, avec un rythme ralenti par les guitares pour laisser MH diriger les opérations de façon lourde et insistante, bien aidé par des mélodies à la guitare vraiment novatrices en ce qui concerne les Arctic Monkeys, la voix d’Alex Turner est également rendue envoutante et accompagnée de Nick O’Malley et MH pour un réel moment de séduction, bien (trop ?) vite repris par un retour du thème des couplets et la phrase finale de Turner « Would like me to build you a go-kart ? », titre original du morceau lorsqu’il a été présenté en janvier 2009 en Australie lors du festival Big Day Out.
Fire & The Thud (3 :57) est la sixième piste de l’album et ce titre n’est pas inconnu des fans des Arctic Monkeys puisqu’il avait déjà été joué en acoustique par Alex Turner fin 2007 à la radio dans l’émission de Jon Ross. Et pourtant ce qu’il en reste, ce sont seulement les paroles et les accords :
Le titre débute par une mélodie intrigante à la guitare ainsi qu’une autre ligne fredonnée par les membres du groupe. Une fois les premières paroles chantées (« You showed my tomorrow »), on se rend très vite compte que le titre a été ralenti, il est même le titre le plus lent de l’album, ce qui rebutera forcément certains d’entre vous. Pourtant ce qui est clairement recherché dans ce titre sur lequel Alison ‘VV’ Mosshart (The Kills) a collaboré, c’est cette ambiance sombre très bien relevée par la mélodie qui au final est mieux mise en avant sur cette version album, certainement grâce encore une fois à la patte du grand roux aux manettes.
Autre différence notable avec la version acoustique : une fois les paroles “In silences were the teasing of the fire be followed by the thud” chantées, soit la dernière minute, la chanson s’accélère pour une ambiance bien plus lourde, Alex Turner est en effet accompagné par Alison Mosshart qui chante les paroles de façon furieuse, il est presque dommage que ce moment ne soit pas plus long, puisqu’il ne dure qu’un couplet ; la chanson se ralentit à nouveau pour tomber sur la tirade finale « I’d like to poke them in their prying eyes with things they’d never see if it smacked them in their temples ».
Une ambiance lourde donc qui contraste totalement avec Cornerstone (3 :18), septième piste de Humbug, LE titre qu’il faudra absolument faire écouter à vos proches ancêtres pour qui les Arctic Monkeys « c’est pas de la musique » ou encore « c’est trop violent ». Car Cornerstone est la ballade pop par excellence qui aurait sans aucune hésitation sa place sur l’album des Last Shadow Puppets. Il se murmure d’ailleurs que Cornerstone pourrait être le second single issu de Humbug en France. Et qui dit pop dit retour de James Ford aux manettes pour ce titre qui, même si ce n’est pas forcément le but, va sans doute accroitre la popularité des Arctic Monkeys en France.
Basse, batterie et guitare sèche au programme avec quelques mélodies sucrées balancées par ci par là par Jamie Cook à la guitare électrique. Même si ce n’est pas dans leurs habitudes depuis 2005, les Monkeys tiennent ici à coup sûr un des chefs d’œuvre pop de 2009 dont les grandes radios raffolent. Le texte de Cornerstone est également excellent mais évitons les spoilers. L’orgue de John Ashton fait également son apparition dans certaines parties du titre, notamment celle du solo de guitare (qui rentre comme par magie en tête) introduisant la partie finale de cette chanson qui, encore une fois, ne laissera personne insensible.
La 8ème piste Dance Little Liar (4 :43) a été un de nos coups de cœur personnels lors de l’écoute de l’album à Paris. Même si elle ne ressemble en rien à ce que les Arctic Monkeys nous ont habitués, c’est une chanson vraiment très prenante. Elle débute par 3 notes de guitare avec un effet de reverb très prononcé vite rejointe par batterie et basse pour un titre à tempo moyen, suffisamment prenant. L’ambiance des couplets est sombre mais chaleureuse à la fois et la voix d’Alex Turner se pose et fait vraiment mouche lors de l’attaque du refrain où une certaine tension s’installe puisqu’Alex Turner donne l’impression de retenir une certaine émotion pendant que Matt Helders martelle son tom basse. Le second couplet est attaqué avec cette fois-ci un accent mis sur une nouvelle ligne de basse, les chœurs en fond se font également plus présents (Josh Homme, Matt Helders), cette atmosphère tendue prend forme au fur et à mesure que la chanson évolue. Après le second refrain, on trouve un court moment batterie/chant qui résulte sur l’inévitable : un pont intéressant avec un changement d’allure et plus de présence au niveau du chant jusqu’à une pause pour batterie & basse afin de lancer (car ça se sentait qu’il fallait bien que ça pète un jour ou l’autre) un riff de guitare dont le son fait étrangement penser à du RATM, suivi d’une partie instrumentale plutôt lourde mais qui sait garder les accords principaux de la chanson, sans vouloir être hors-sujet donc. Alex Turner y pose même les paroles du refrain et laisse Matt Helders, seul, clore ces (presque) 5 minutes qui, encore une fois, nécessiteront d’être écoutées et réécoutées pour en saisir tout le potentiel car cet album, sans avoir la facile mais excellente spontanéité de ses prédécesseurs, regorge de petits détails plaisants à découvrir écoute par écoute.
Nous en arrivons à la neuvième piste, à savoir Pretty Visitors (3 :40). Tout simplement, LE titre le plus rythmé de cette nouvelle galette. La petite mélodie de l’intro est désormais connue de tous les fans, elle est jouée sur un orgue Vox Continental, utilisé il y a quelques années par un certain groupe de Liverpool, The Beatles. Bien qu’innocente, cette intro nous dirige vers un morceau primordial dans la discographie des Arctic Monkeys. Les 3 coups de caisse claire de Matt Helders nous plongent vers le morceau « transition » : un côté sombre et lourd comme celui proposé par un titre comme Dangerous Animals mais également un côté « tiens prends ça dans la gueule » qu’un titre comme Brianstorm pouvait imposer. Les fans qui auront du mal à s’accrocher à Humbug vont plébisciter ce titre à coup sûr. Le morceau en lui-même est vraiment très entrainant avec cette fois-ci un Matt Helders qui fait un véritable festival de sa première à sa dernière intervention. Les lignes mélodiques des guitares sont lourdes mais ultra simplistes dans les couplets et permettent de mettre en valeur le texte d’Alex Turner et surtout sa façon de l’interpréter, sec, énergique et fluide comme tout interprète de hip-hop. Car ici il ne chante pas, il se lâche. La seule mélodie perceptible de sa part est trouvée au refrain pour la phrase récurrente : « All the pretty visitors came and waved their arms and cast the shadow of a snake pit on the wall », toujours avec un Matt Helders incroyable en second plan. Le deuxième couplet quant à lui s’interroge d’emblée : « What came first, the chicken or the dickhead ? », avec une énergie toujours aussi folle qui va cette fois-ci tomber sur un refrain plus posé avec une batterie se contentant de marquer le tempo mais avec la présence de chœurs formés de Matt Helders, Nick O’Malley et John Ashton, ce qui va nous amener vers une courte mélodie interprétée en solo sur le Vox Continental, en dialogue furtif avec une des guitares dans des notes plus aigües. Mélodie qui va être reprise 4 fois par le groupe complet de façon lente et lourde pour laisser Alex Turner narrer la fin de son texte. Et qui dit « narrer » dans Pretty Visitors dit débit nerveux associé à une batterie puis des guitares hors d’elles. Le morceau se termine sur un dernier double retour au refrain, avec au final un titre qui devrait figurer dans le Top 3 parmi les 10 que composent Humbug pour tout fan du groupe.
Nous voici à The Jeweller’s Hands (5 :42) qui clôture Humbug. Comme titres clôturant des albums des Arctic Monkeys, nous avons déjà eu A Certain Romance puis 505. Le premier est aujourd’hui considéré par les fans comme un des meilleurs composés par le groupe et a très longtemps été joué lors des concerts en tant que final sur les setlists. Le second a fait confronter à sa sortie les divers points de vue avec l’apparition du fameux Vox Continental de Pretty Visitors et d’une certaine ambiance déjà sombre. Ce final de Humbug devrait également marquer les esprits avec cette fois-ci un morceau avoisinant les 6 minutes tel Who The F*** Are Arctic Monkeys ? Mais musicalement, nous en sommes très loin. Le morceau démarre sur un break très court de Matt Helders suivi de quelques notes vraiment insolites à la première écoute de glockenspiel et carillon. Le morceau démarre alors sur la base connue : guitare, basse et batterie mais avec un invité surprise : un piano qui martèle les accords de la chanson selon le tempo dans le fond. La voix d’Alex Turner rentre au bout de 30 secondes, elle est posée et tendue comme dans Dance Little Liar. Le refrain est très mélodique et fait intervenir tout le monde : batterie, guitares, basse, piano, orgue, glockenspiel. Dès lors, une ambiance mystique s’installe, il ne reste que piano, guitare mélodique et Alex Turner qui récite son texte en devenant presque intrigant. Batterie et basse reviennent pour le refrain sur lequel on peut trouver les traces pour le moins opposées des Doors (ambiance) et Amy Winehouse (mélodie, succession des accords). Un vrai jazz sombre.
Matt Helders n’en a que faire et après un roulement de 10 secondes sur son tom basse nous expédie la partie finale de Humbug : une ambiance sombre mais délicieuse qui va presque s’étaler sur 3 minutes avec une succession d’ajouts d’effets, des lignes mélodiques constantes, mais toujours des ajouts à chaque instrument, jusqu’à une certaine impression de saturation, The Jeweller’s Hands est un OVNI sorti de l’imagination d’Alex Turner qui ne trouvera jamais de fin, le titre va au fur et à mesure disparaitre dans un decrescendo constant, il ne trouvera jamais l’interruption claire qu’ont eu Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not et Favourite Worst Nightmare, Humbug s’achève donc comme s’il nous tirait vers une suite, suite qu’il nous tarde déjà de découvrir.